Un département français endetté traîne les banques en justice

10/02/2011 à 09:56 - Crédit immobilier - Par - Réagir

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Plus de deux ans après la crise financière qui a secoué le monde, les tristement célèbres subprimes refont aujourd'hui parler d'eux. Subissant de plein fouet les ravages de ces emprunts à risque, le Conseil général de la Seine-Saint-Denis vient d'annoncer, par la voix de son président Claude Bartolone, son intention de poursuivre trois groupes bancaires en justice.

En octobre 2008, nous évoquions le cas de ces villes françaises surendettées pour avoir souscrit des « emprunts toxiques », les fameux subprimes dévoilés à la face du monde lors de la crise américaine du crédit immobilier (voir notre article). Plus de deux ans après, un département relance la polémique et replace les subprimes sur le devant de la scène. Dans un entretien donné ce mercredi 9 février 2011 au Parisien / Aujourd'hui en France, Claude Bartolone, président du Conseil général de Seine-Saint-Denis, annonce en effet son intention de poursuivre en justice les banques qui seraient selon lui responsable du surendettement de son département. « Le temps de la diplomatie est terminé, voici venu le temps de la guerre », déclare-t-il en pointant du doigt trois établissements bancaires qui auraient abusé de la confiance de son prédécesseur.

Dexia, Calyon et la banque allemande Defpa auraient ainsi accordé d'importantes sommes au Conseil général de Seine-Saint-Denis, alors présidé par le communiste Hervé Bramy, à des taux défiants toutes concurrence. Après quelques années, ces taux de crédit indexés sur des paramètres aléatoires tel que le rapport entre diverses monnaies internationales se sont littéralement envolés jusqu'à atteindre des niveaux difficilement supportables pour la collectivité locale. Selon Claude Bartolone, le taux des emprunts contractés auprès de la banque Defpa est ainsi passé de 1,47% à 24,2%. Concernant Dexia, le montant des seuls intérêts d'ores et déjà remboursés par la Seine-Saint-Denis avoisinerait 13,8 millions d'euros.

Sur l'ensemble des crédits souscrits par le Conseil général, la part de ces produits toxiques s'établissait en 2008 à 97%. Si elle est aujourd'hui estimée à 72%, Claude Bartolone entend bien ne pas continuer à payer près de 5 millions d'euros d'intérêts par an. « Je ferai tout pour ne pas payer ces taux qui relèvent plus de l'usure que d'un contrat normal entre une banque et une collectivité locale », expliquait-il hier dans les colonnes du Parisien, précisant que « la justice va être saisie, par voie d'huissier, aujourd'hui pour Depfa, demain pour Calyon et d'ici à la fin de la semaine pour Dexia ».

Alors qu'une longue bataille juridique semble devoir se dessiner, Claude Bartolone en appelle à la fois au gouvernement et à la moralité des banques en demandant « l'annulation pure et simple des emprunts toxiques ». Le président du Conseil général de Seine-Saint-Denis prône le remboursement par son département du seul capital emprunté et réclame aux banques la restitution des « intérêts illégitimes » déjà perçus.

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Par Erasmus -

Appel à la création d’une commission d’enquête sur les emprunts toxiques

Déclaration de Jacques Cheminade

Paris, le 1er mars 2011 — Hôpital d’Ajaccio, Société des HLM de Toulouse, ville de Saint-Étienne, communauté urbaine de Lille, incinérateur des déchets urbains de Saint-Germain-en-Laye (Sidru), commune de Ploeren (56), ville de Rouen, département de la Seine-Saint-Denis, ville de Saint-Maur-les-fossés, pompiers de l’Ain, logement social (SACVL) à Lyon, etc., pas un jour ne passe sans apporter de nouvelles révélations.

Il s’agit d’ « emprunts toxiques » vendus, pas seulement par des banques d’affaires étrangères telles que la Royal Bank of Scotland (RBS) ou la Deutsche Bank, mais par des banques usurpant la bonne réputation de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), telles que Dexia Crédit Local (dont la CDC possède 17,6%) et Natixis, assignées devant les tribunaux par un nombre croissant d’élus de collectivités locales acculées à des réductions budgétaires dramatiques, voire à la faillite.

Entre 2000 et 2008, nos banquiers affirmaient dans leur autosuffisance que, grâce à leur excellente gestion, la France était à l’abri d’une crise du type des subprimes américains, élément déclencheur de la pire crise de solvabilité bancaire mondiale depuis la Grande dépression. Cependant depuis, comme le montre un article du Monde du 17 décembre 2010, pas moins de 18 régions sur 22 ont souscrit à des emprunts toxiques, 62 départements sur 100, ainsi que des milliers de communes et de syndicats intercommunaux, 373 établissements de santé, dont 290 hôpitaux, 107 organismes d’HLM et 42 sociétés d’aménagement… D’après l’agence de notation Fitch leur volume n’est pas de 10 milliards, comme le prétend le gouvernement en se basant sur les chiffres de Dexia, mais de 30 à 35 milliards d’euros, près d’un quart du total des emprunts.

Ces « emprunts toxiques » ne sont que le reflet de tout un « système toxique » que nous proposons de bannir au plus vite avec un « Glass Steagall global », véritable banqueroute ordonnée séparant les prêts spéculatifs de ceux alimentant l’économie physique réelle.

Pour mettre en œuvre ce système nouveau dans lequel les joueurs perdants ne seront jamais renfloués et les établissements financiers redeviendront des instruments au service de l’économie, nous proposons cinq mesures formant un tout cohérent :

1. Création d’une vraie Commission d’enquête sur la crise financière disposant d’une indépendance suffisante et de pouvoirs d’instruction et de réquisition.
2. Interdiction de la titrisation de la dette, mesure que suggère implicitement la Commission Angelides aux Etats-Unis. Etre honnête, c’est reconnaître qu’une dette n’est pas un actif comme un autre.
3. Moratoire sur les intérêts usuraires, remboursement du principal des emprunts toxiques des collectivités.
4. Application des critères Glass-Steagall pour le démantèlement de Natixis et Dexia, séparant rigoureusement les activités de dépôts des activités de banque d’affaires (courtage, trading, etc.) regroupées désormais dans une entité juridiquement séparée. Le Crédit Local doit retourner dans le giron de la CDC et de l’Etat français, le Crédit Communal dans celui de l’Etat belge afin de sécuriser le financement des collectivités locales.
5. La CDC reprendra sa mission d’origine. Par conséquent elle renoncera à toute activité spéculative. Si l’exécutif peut nommer le président de la CDC, le président de sa Commission de surveillance pourrait être désigné par un vote des deux tiers des membres du Parlement.

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