Immobilier : la FNAIM est-elle encore crédible ?
Source : Diagnostic Expertise ( 22/07/08 )

Médias, professionnels de l'immobilier, économistes, particuliers...tout le monde s'accorde à constater la réalité de la crise immobilière qui sévit actuellement en France. Pourtant, dans le sillage de la ministre du Logement, la FNAIM conserve un discours résolument optimiste.
Alors que les agences immobilières ne cessent d'enregistrer un recul du nombre de leurs ventes, que les propriétaires voient leur délai de transaction s'allonger de jour en jour, que bon nombre d'annonces immobilières affichent des prix revus à la baisse (vérifiable notamment lorsque celles-ci font état de leur historique), bref que tout le monde, professionnels de l'immobilier comme particuliers, constate désormais l'existence d'un retournement du marché, la FNAIM continue inlassablement de nier l'évidence.
La ministre du Logement, Christine Boutin, avait déjà déclaré il y a quelques temps : « Il n'y a pas de crise immobilière en France », prétextant que la situation délicate dans laquelle se trouve enlisé notre marché n'est qu'une simple conséquence de la crise financière mondiale qui pousse nos banques à resserrer les conditions d'octroi du prêt immobilier. Entendez par là que cette conséquence, certes fâcheuse, devrait disparaître dès la crise résorbée.
Lors de sa conférence de presse trimestrielle, René Paillincourt, président de la FNAIM (Fédération NAtionale de l'IMmobilier), s'est bien évidemment empressé de reprendre les propos de madame la Ministre. Résolument optimiste et souhaitant éviter à tout prix l'éveil du moindre sentiment de panique chez les particuliers, la FNAIM prodigue son éternel discours de « l'atterrissage en douceur ». A en croire les statistiques publiées par la fédération, après deux très légères baisses successives au 4ème trimestre 2007 (-0,9%) et au 1er trimestre 2008 (-1%), les prix de l'immobilier ancien auraient bel et bien redécollé au 2ème trimestre 2008 (+0,9%).
« Il n'y a pas de baisse généralisée des prix », précise René Paillincourt, renforçant cette affirmation par l'annonce d'une hausse nationale des prix de +1,7% en moyenne annuelle. En dépit d'une légère mais normale stagnation, tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, la crise immobilière n'étant désormais qu'un mauvais souvenir. C'est en tout cas l'idée que souhaite véhiculer la fédération au travers de la publication de ces chiffres. Mais à y regarder de plus près, cette hausse nationale est bien loin de refléter la réalité des différents marchés régionaux : si en un an les prix ont progressé de 4,5% à Paris et de 5,3% à Lyon, nombreuses sont les villes à avoir enregistré « cette baisse illusoire des prix » (-1,3% à Grenoble, -1,5% à Marseille, -3,8% à Bayonne, -6,8% à La Rochelle).
Un immobilier ancien dont les prix se relèvent de +0,9% au cours du 2ème trimestre 2008, d'accord. Mais pourquoi alors bon nombre de professionnels prédisent encore leur recul massif dans les années voire les mois à venir ? Pourquoi sur le terrain les sons de cloche sont-ils si différents ? Pourquoi le réseau Laforêt Immobilier envisageait-il il y a encore une semaine une baisse des prix de l'immobilier de près de 15% sur 2 ans ? On est alors en droit de se demander si un optimisme à outrance conjugué à des statistiques lissées sur 12 mois est encore apte à convaincre les acteurs de l'immobilier.
Seule réalité concédée par René Paillincourt, un fléchissement de l'activité des agences immobilières de l'ordre de 10 à 15%. Mais le président de la FNAIM réajuste immédiatement son discours en précisant que l'année 2007 avait quant à elle afficher un nombre exceptionnel de transactions. Mais si l'objectif du président de la fédération reste de soutenir le marché, ce dernier déplore toutefois la hausse des taux du crédit immobilier couplée au resserrement de ses conditions d'octroi.
Enfin, comme pour modérer son discours, René Paillincourt admet que le marché de l'immobilier est bel et bien en train de changer en déclarant : « Je n'avais, pour ma part, jamais connu, en quarante ans de métier, un cycle de hausse aussi long. Il est normal qu'il prenne fin un jour ».
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